Remise de la médaille de l'Assemblée nationale à Jean Briand, Président de l'association Mémoire mévennaise

Remise de la médaille de l'Assemblée nationale à Jean Briand, Président de l'association Mémoire mévennaise

10 nov. 2018

Remise de la médaille de l'Assemblée nationale à Jean Briand, Président de l'association Mémoire mévennaise

 

 

Ce jour avait lieu à Saint-Méen-le-Grand le vernissage de l’exposition intitulée « Centenaire 1914 – 1918 » ainsi qu’une cérémonie en l’honneur de Jean Briand, Président de l'association « Mémoire mévennaise » qui a obtenu le label "Centenaire" de la Mission Centenaire 14 - 18 pour la commune. 

 

Alors que nous célébrons le centième anniversaire de l’Armistice de 1918, beaucoup se souviennent des commémorations organisées le 30 août 2014 à Saint-Méen-le-Grand, en présence de Jean-Yves Le Drian, alors Ministre de la Défense.

 

Cette année, l'exposition présentée à la mairie est focalisée sur la vie des Mévennais de 1917 à 1923, de la fin de la guerre à l'après-guerre, à partir de nombreux documents d'archives et objets d'époque. 

 

Ce travail de mémoire a été initié par Jean Briand avec l'appui des bénévoles associatifs, des anciens combattants, de la ville et des Archives départementales. C'est pourquoi j’ai tenu à lui attribuer la médaille de l’Assemblée nationale, qui distingue des citoyens pour leurs mérites, et que ma suppléante Claudia Rouaux lui a remis en présence d'une assistance venue en nombre. 

 

Vous trouverez ci-dessous l'intégralité de mon discours dont je vous souhaite une bonne lecture :

 

"Monsieur le Maire et Conseiller départemental,

Madame la Conseillère régionale, Chère Claudia, 

Mesdames, Messieurs les élus en vos titres et fonctions,

Monsieur le Président, Cher Jean,

Mesdames et Messieurs,


C’est avec un grand regret que je ne peux pas être à vos côtés ce jour pour assister au vernissage de l’exposition « Centenaire 1914 – 1918 » ainsi qu’à la remise de la médaille de l’Assemblée nationale à Jean Briand, Président de l'association « Mémoire mévennaise ». J’ai donc confié à Claudia Rouaux, ma suppléante, le soin de me représenter et de lire ces quelques mots.

 

Alors que nous célébrons le centième anniversaire de l’Armistice de 1918, beaucoup se souviennent ici des commémorations organisées le 30 août 2014 à Saint-Méen-le-Grand dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre, en présence de Jean-Yves Le Drian, alors Ministre de la Défense.

 

Quatre années plus tard, cette exposition nous rappelle la longue histoire du patriotisme à Saint-Méen. Elle illustre parfaitement comment les « petites » histoires, celles vécues par les « gens d’ici » au front et à l’arrière, s’inscrivent dans la grande Histoire.


Il y a cent ans, à 11h du matin le 11 novembre 1918, les belligérants signaient à Rethondes la convention d’armistice qui mettait fin aux opérations militaires et aux combats, mais pas encore à la guerre. Pour cela, il faudra attendre la signature du traité de paix à Versailles le 28 juin 1919.

 

A Saint-Méen, les habitants ont fêté l’annonce de cette grande nouvelle dans l’euphorie, après tant de souffrances. La Chronique des sœurs en témoigne : « Signature de l'Armistice !!!!! Joie délirante. Les cloches sonnent à la paroisse, à la Communauté, partout où il y en a. On pavoise, on illumine. Ce soir, procession aux flambeaux, Monsieur le Maire se promène aux bras de Monsieur le Curé. Nos petits garçons sont fous de bonheur. »

 

En effet, de 1914 à 1918, les peuples européens furent engagés dans un conflit qui mit notre continent à feu et à sang. Tous furent dépassés par cette folie meurtrière.


Lors des premières semaines, on a jeté les fantassins en pantalon rouge, sans casque, dans les blés mûrs au-devant des mitrailleuses allemandes tenues par des soldats vêtus d’uniformes gris-vert. « Nous savions à peine nous battre. Nous n’avions presque pas de munitions. Nous creusions sans cesse des fossés pour enterrer les morts […]. On avait la peur au ventre », disait Lazare Ponticelli, engagé dans la Légion étrangère en 1914 à l’âge de 16 ans et dernier Poilu français disparu en 2008.  


Léon, Louis, Mathurin, Pierre, Léonard, Joseph ou encore Arsène, tels étaient les prénoms de ces jeunes mévennais partis la fleur au fusil. Ils ont connu la boue, le froid, la peur, le bruit des obus et des balles… Et les cris des copains qui tombent, l'un après l'autre, en particulier dans les tranchées écrasées par un déluge de feu. Paysages dévastés, terre retournée, il semblait parfois ne plus y avoir une âme qui vive sur les champs de bataille de l’Est et du Nord de la France.


Je tiens à saluer la mémoire de ces soldats, leur courage exemplaire, qu'ils ont incarné jusqu'à leur dernier souffle de vie en donnant le plus bel exemple qui soit de l'engagement et du patriotisme. 


Je pense aussi aux invalides et aux blessés, durablement marqués par les durs combats qu'ils ont livrés pour la France.

 

Leur sacrifice et leur héroïsme a permis à notre nation de faire triompher la Liberté sur les démons du nationalisme et de l’impérialisme, cette Liberté si chère, inscrite sur les frontons de nos mairies, à laquelle nous sommes tous individuellement et collectivement attachés.

 

Gardons à l’esprit que la victoire ne fut possible que parce que la France a mobilisé toutes ses forces, au front comme à l’arrière : « Ces silencieux soldats de l'usine (…), ces vieux paysans courbés sur leurs terres, ces robustes femmes au labour, ces « enfants qui leur apportent l'aide (…). Plus tard, (…) ils pourront dire, comme ceux des tranchées : j'en étais. » comme l’affirmait justement Georges Clémenceau, Président du Conseil, pourfendeur du défaitisme et artisan de la Victoire. L’Assemblée nationale vient d’ailleurs de lui rendre hommage à travers l’exposition inédite « Un tigre au Palais Bourbon ».

 

Rappeler la mobilisation de l’arrière, c’est également l’occasion de mettre en lumière le destin de tant de femmes, héroïnes du quotidien, qui ont dû remplacer les hommes dans la force de l’âge mobilisés sur le champ d’honneur. C’est le cas de la sœur du Général Lemoine, titulaire du permis de conduire, qui assura des livraisons dans le secteur pendant la guerre. C’est aussi le cas des sœurs de la communauté de Saint-Méen qui ont accueilli, avec générosité et solidarité, de nombreux réfugiés français et belges dans un hôpital militaire dont la gestion était assurée par la Mère supérieure. Ces quatre années de conflit ont d’ailleurs ouvert la voie à la féminisation de la société et au long combat pour l’égalité entre les genres.

 

Après quatre années de conflit, la victoire fut célébrée. Mais combien de morts ? Combien de gueules cassées ? Combien de mutilés ? Combien d’orphelins, pupilles de la nation ? Combien de veuves ? Combien de parents endeuillés par la perte de leur(s) fils ? Trop pour ne plus jamais revivre cette cruauté. Trop pour ne jamais oublier.


La Grande Guerre, c’était « la der des der ». Mais la Seconde Guerre mondiale poussa de nouveau l’Europe dans l’abîme de 1939 à 1945. C’est pourquoi, les Européens que nous sommes, ne doivent jamais oublier le passé.

 

Notre pays, qui fut un immense champ de bataille, commémore en ce moment le centenaire de la Grande guerre, au cœur d’une Europe réconciliée et réunifiée. C’est heureux car la Paix est l’un des acquis fondamentaux de la construction européenne. Elle a permis à des Etats et des peuples qui s’étaient combattus hier de s’unir et de penser ensemble leur avenir. Nous devons beaucoup aux Pères fondateurs de l’Europe tels que Jean Monnet, Robert Schuman et Konrad Adenaurer.

 

C’est pourquoi le devoir de mémoire est un réflexe citoyen, utile et nécessaire, qui a trois grandes vertus :

 

-       Premièrement, il doit nourrir l’expérience collective car « un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » déclarait Winston Churchill. A ce titre, ayons la lucidité de ne pas céder aux sirènes des nationalistes dont les idées infusent et se diffusent de nouveau à l’échelle de l’Union européenne, certes perfectible, mais tellement précieuse et fragile à la fois.

 

-       Deuxièmement, il doit exprimer la gratitude de la nation toute entière envers ceux qui sont morts pour elle. Lors d’un discours prononcé à la Chambre des Députés en 1917, Georges Clémenceau augurait : « Ces Français que nous fûmes contraints de jeter dans la bataille, ils ont des droits sur nous. » La liberté a un prix : tant de jeunes de Saint-Méen et d’ailleurs sont tombés pour nous permettre de vivre libres.

 

-       Troisièmement, il doit garantir que la mémoire est bien transmise entre les générations. S’approprier les leçons des conflits mondiaux est un enjeu primordial pour que la jeunesse comprenne les erreurs du passé et soit à son tour ambassadrice de la paix sur le continent et de la fraternité entre les peuples.


Actuellement, il y a partout en France des événements et commémorations du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, à Saint-Méen-le-Grand, à Montfort-sur-Meu, à Montauban-de-Bretagne, à Romillé, à Combourg, à Rennes et dans toutes les communes. Je m’en félicite. C’est le fruit d’une mobilisation des collectivités locales à travers leurs élus, des anciens combattants et des associations comme « Mémoire mévennaise ».


En tant que Député, je tiens à exprimer en mon nom et votre nom, car c'est le sens de cette cérémonie, toute notre reconnaissance, notre fierté pour le travail effectué par Jean Briand au service de l’association « Mémoire mévennaise ».

 

Le recueil de mémoire sur la Première guerre mondiale, l’exposition que vous venez de découvrir, ainsi que l’ouvrage "Les gens d'ici dans la guerre 1914 - 1918" sont l’aboutissement d’un travail considérable de recherche, de collecte et de rédaction que Jean Briand a effectué avec discrétion, détermination, patience et tout simplement « plaisir de chercher » dirait-il.


Cher Jean, ta passion pour l’histoire locale et ton engagement pour une mémoire en partage sont connus et reconnus de tous. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité t’attribuer la médaille de l'Assemblée nationale qui distingue des citoyens pour leurs mérites, et que Claudia Rouaux va te remettre en tant que suppléante. A travers toi, j’associe bien sûr les bénévoles de l’association. Je tiens donc à t’adresser mes sincères et chaleureuses félicitations.

 

A toutes et à tous, je souhaite une excellente cérémonie, comme je souhaite que cette exposition rencontre tout le succès qu’elle mérite car elle participe à l’éducation populaire à laquelle je crois profondément.

 

Je vous remercie.


François ANDRE, Député d’Ille-et-Vilaine."